J’aime me promener le long des murs.

Mais je préfère lézarder sur les vieux murs. Il m’arrive pourtant de sillonner de jeunes murs, mal faits forcément.


Mes nombreuses balades les creusent de fentes étroites ici, larges là bas, au gré des contraintes qui me traversent. Certaines fois je marque un aboutissement de discrètes tensions de surface. D’autres fois je proviens de fortes pressions venues de la profondeur de la matière ou de la structure soutenue par le mur. Dans ce cas extrême, avec le temps, je finis par creuser des fêlures, des crevasses et des cassures qui mettent en péril la demeure. C’est vous dire.


Sur ma route lorsque je rencontre un point dur je bifurque vers d’autres lieux ou bien alors je me sépare en deux. Sans trajet défini, j’avance à petits pas et j’occupe l’espace au hasard de mes rencontres. Mais étrangement, je ne sais par quelle attraction mystérieuse, je finis toujours par rejoindre une autre de mes fissures, un de mes bras, une de mes extensions, un peu plus loin et un peu plus tard. Et ainsi de suite. A la fin, je dessine un réseau à l’image des lignes du creux de votre main.


Par nature, je suis accidentelle ou un signe de vieillissement des matières qui ont vécu. Quand je suis en surface, vous me trouvez belle quand je me marie bien avec le décor ou imparfaite, voire laides quand je contrarie votre désir de plat, de plein, de continu, de parfait. Mais quand je suis profonde, je deviens un risque pour vous et pour l’ensemble où j’habite. Dans ces cas là, vous essayez de me réparer ou alors vous détruisez mon support selon le dommage que je vous ai fait. C’est ainsi ... ...


Je n’ai pas de destination finale : je file doucement aux bords. Jamais plus loin. C’est impossible physiquement pour moi d’aller au delà. C’est devenue une manie : je ne quitte jamais mon ensemble. Et je ne me propage que dans les ensembles ... finis. Je me fixe comme but les bords car ils sont mes limites ultimes, juste avant le vide ou d’autres ensembles construits ou naturels. Moi, je suis la ride des murs mais j’ai des cousines qui tiennent le rôle de fissures de terre, de roche, d’un organe  ... Vous l’avez compris, au final notre proie, c’est les matières.


Fissurer les matières n’est pas anodin ; quelques fois je me cache sous la peinture ou le crépis :  suivez ma trace je peux à tout moment apparaître pour craqueler ou déchirer des apparences trompeuses !  A méditer.

J’aime me promener le long des murs... qui suis-je ?

PS : toutes les allusions à des situations existantes ou à des comportements humains ou à un changement de culture ne tiennent pas du hasard. Du tout.

La Septième
à la Librairie
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